Eclairages.
Comment ça marche?
Aux Etats-Unis, le peuple n'élit pas directement son président pour les 4 années à venir. En effet, il s'agit d'un suffrage universel indirect: les citoyens américains votent pour un groupe de grands électeurs réunis au sein d'un Collège électoral. C'est ce Collège qui doit élire, en décembre, le président et le vice-président. Il compte 538 membres. Il faut donc 270 grands électeurs (majorité absolue) pour être élu président. Il y a, par Etat, autant de grands électeurs que de sénateurs et de représentants qui représentent cet Etat au Congrès. Leur mode de désignation varie d'un Etat à l'autre. Mais on peut remarquer qu'ils sont souvent choisis parmi les élus locaux, les dirigeants du parti démocrate et républicain et des personnes proches du candidat à la présidence. C'est lors des Conventions politiques d'Etats que les partis politiques nomment leurs grands électeurs.

Mais avant d'en arriver là, de nombreuses étapes doivent être franchies. Ainsi, le premier évènement est le choix des délégués qui s'effectuent pendant les 6 premiers mois de l'année des présidentielles au cours des conventions locales. Il s'agit soit de "Caucus", soit d'élections primaires qui est un mode plus direct et plus répandu.
Les délégués doivent représenter leur Etat à la convention nationale de leur parti. Le nombre de délégué dans chaque Etat est proportionnel à sa population.
Les Conventions Nationales des Démocrates et des Républicains ont pour but principal d'approuver le programme politique du parti. C'est également à cette occasion que les délégués acceptent le choix du candidat et de son colistier.
C'est après que la campagne, à proprement parlé, se met en marche et que (tous) les coups sont permis...
Qui est qui?
A ma gauche, Barack Obama le noir démocrate qui vise le changement d'une société au bord du gouffre, à ma droite John McCain le vieux républicain conservateur au possible.
On a beau en parler à peu près tous les jours, leur programme pour gérer au mieux la plus grande puissance occidentale reste plus opaque...
Dans les grandes lignes, Obama est opposé à l'invasion de l'Irak et veut terminer la guerre. Il préfère en effet concentrer ses efforts sur la lutte contre Al-Qaida et les talibans en Afghanistan. McCain, par contre, soutient l'invasion et veut envoyer davantage de troupes.
En ce qui concerne la position à adopter au sujet de l'Iran, le démocrate veut renforcer les sanctions pour empêcher l'acquisition de l'arme nucléaire. Le républicain veut quant à
lui créer une alliance avec l'Europe pour empêcher l'acquisition de cette même arme.
Enfin, au rayon des autres priorités, Barack Obama veut stopper la prolifération des armes de destruction massive et doubler l'aide aux pays pauvres. Il est prêt à mener directement des
discussions avec les dirigeants de pays comme la Syrie, Cuba ou le Venezuela mais pas avec des organisations extrémistes comme le Hamas ou le Hezbollah tant qu'elles n'auront pas reconnu Israël.
Enfin, il veut fermer la prison de Guantanamo et est contre toute torture. John McCain veut à ce sujet gagner la guerre contre les extrémistes islamistes. Cependant, la fermeture de la
prison de Guantanamo, l'opposition à la torture et l'appel à l'isolement du Hamas, du Hezbollah et de la Syrie font également partie de son programme.
Sinon, en matière de politique intérieure américano-américaine, Obama est favorable à l'interdiction des armes, McCain y est défavorable. Obama est pour l'avortement, là ou McCain est contre
(sauf en cas de viol, d'inceste ou de danger pour la mère). Ils restent par contre tous deux favorables à la peine de mort, même si certaines nuances se dessinent entre eux.
Pour rester dans la caricature, le républicain conservateur est évidemment contre le mariage gay, puisque, selon lui, le mariage est l'union entre un homme et une femme.
Au niveau de la politique en matière de santé, les différences se font nettement sentir, puisqu'Obama tend vers un système de sécurité sociale en prônant une couverture maladie universelle.
McCain souhaite quant à lui ouvrir le marché de l'assurance-maladie via un crédit d'impôt.
Répercussion d'un krach et autres petites déconvenues
Et puis vint la crise financière et les cartes se sont naturellement redistribuées. En effet, étant donné
l'impopularité de l'actuel président W. et la nature particulière de la crise qui sanctionne la politique économique du clan républicain, les citoyens américains ont eu vite fait de faire
l'association avec McCain. Ce sont donc les mesures républicaines d'assouplissement de la réglementation du secteur des services financiers et leurs défendeurs qui sont aujourd'hui montrés du
doigt et qui font les choux gras de la campagne démocrate.
Un autre point qui a également joué en faveur d'Obama, c'est la façon déstructurée avec laquelle McCain a géré la nouvelle de la crise. Selon une analyse du New York Times, traduite dans le
Courrier international n° 935 (p. 24): "La semaine dernière, en se colletant avec le plan de sauvetage de l'économie de 700 milliards, John McCain a fait du pur McCain et Barack Obama du pur
Obama. Le premier s'est montré tour à tour réactif et impulsif, tandis que le second est apparu mesuré, cérébral et enclin à passer des coups de fil en coulisse".
Enfin, alors que le démocrate propose de nombreuses idées pour brider la crise (entre autres permettre aux citoyens de retirer de l'argent en principe consacré à leur plan d'épargne
sans pénalité jusque fin 2009, créer un fonds fédéral spécial chargé de financer les collectivités locales, les Etats et les municipalités qui feront face à des réductions d'impôts et reporter de
90 jours les saisies immobilières pour les familles de bonne foi), McCain se fait fort, quant à lui, d'une pléthore de réductions d'impôt. Toutefois, comment financer ces cadeaux fiscaux, il n'en
parle pas...
Retombées de pluies acides...
Une chose est sûre les deux candidats veulent se démarquer de la mauvaise image que colporte les USA en dehors de ses frontières depuis
8 ans... En même temps, en matière de relation avec l'ONU et l'Union européenne, de climat et de négociations à l'OMC, on peut difficilement faire pire que le cowboy du Texas...
Dès lors, d'un point de vue relations commerciales internationales, même si le républicain est plus porté sur le libre-échange, l'image d'Obama est meilleure, notamment en Europe. Ce seul fait
pourrait donc encourager investissements et autres relations amicales. Sur ce point, Obama s'est d'ailleurs déjà engagé à bâtir de "nouveaux ponts" avec l'Europe, ce qui est plutôt de bon
augure.
Un autre point important sur le plan international est la politique américaine en matière de climat et d'énergie. A ce sujet, même si les deux candidats sont prêts à réduire les émissions de gaz
à effet de serre, le programme de Barack Obama est plus ambitieux et prévoit par ailleurs un plan national de développement du renouvelable.
Bon allez, assez de blabla, rendez-vous le 4 novembre pour voir l'issue du combat entre l'âne (mascotte des démocrates) et l'éléphant (mascotte des républicains).
(Credit photo: pedagogie.ac-toulouse.fr)
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